Destruction en Cevennes (juill 07, Cévennes, France)

Premier communiqué sur la destruction d'un lieu de vie et de mémoire en Cévennes par la Préfecture de Lozère. Double symbole de la haine des autorités contre la résistance qu'elle soit d'hier ou d'aujourd'hui. La riposte s'organise pour le respect de la mémoire cévenole et le respect du droit à la terre et au logement.

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Expulsion et destruction de la Picharlerie en Lozère - mercredi 11 juillet

Aujourd'hui, mercredi 11 juillet, la Picharlerie a été expulsée et totalement rasée. Ce hameau, perché dans les montagnes cévenoles de Lozère, était occupé depuis le printemps 2002.

Dès 7h00 du matin, les forces de l'ordre se sont déployées en grand nombre dans la Vallée-Française, quadrillant les routes et contrôlant les différents points d'accès à la Pich' (Moissac, Sainte-Croix, Saint-Etienne, Saint-Martin de Lansuscle). Tout au long de la journée, de nombreuses personnes et des véhicules se sont fait contrôler dans la vallée. Pendant ce temps, 7 fourgonnettes de gendarmes, des motards et un engin de destruction massif (pelleteuse) sont montés là-haut et ont littérallement tout rasé. Il ne reste plus des bâtiments qu'un tas de pierres de 50 mètres de long sur quelques mètres de large.

Ce lieu, que nous avons trouvé en ruines en 2002 et que nous retapions depuis, était vieux de plusieurs siècles d'histoire, et fut, entre autres, le maquis-école de la région pendant la seconde Guerre Mondiale. C'est désormais un terrain vague. La préfecture et le pasteur Freddy Michel Dhombres, propriétaire en titre du hameau, l'ont fait rayer des cartes.

De nombreux matériels sont actuellement sous les décombres. Un chantier “Gratte les décombres” est prévu vendredi 13 et samedi 14 toute la journée.

Pour que les ruines changent de camp.

—– Original Message —– From: lapich@no-log.org To: ecolib@free.fr Cc: Sent: Monday, July 16, 2007 10:03 PM

La destruction de la Picharlerie est le sujet de très nombreuses discussions en Vallée-Française (voire au-delà) depuis mercredi dernier. Beaucoup nous ont témoigné leur solidarité. Pour toute une partie de la population locale, cet acte ignoble est bien compris comme le signe avant-coureur d'une accélération de la répression contre les formes d'habitat hors-norme ou précaires, et, plus largement, contre toute forme de vie dite “alternative”. Dans cette logique, les squatters sont bien sûr les premières cibles, les plus aptes à cristalliser le consensus contre eux. Mais de nombreux habitants se sentent désormais menacés. La lutte contre la cabanisation n'est plus cantonnée aux Pyrénées-Orientales ; des documents concernent le Languedoc-Roussillon, et sans doute d'autres régions ou départements (à creuser). Hormis la question de l'habitat et des terres, c'est toute la politique de contrôle accru et de mise au pas d'une partie de la population qui est mise en cause. Nous sommes la version “rurale” de la racaille. Par ailleurs, la préfecture et le propriétaire pourraient bien avoir commis une erreur stratégique en rasant le lieu. Qu'un lieu de mémoire et de résistance ait disparu, cela émeut des personnes dont certaines, sans nul doute, n'éprouvaient aucune sympathie à notre égard (c'est un euphémisme…). Bref, l'expulsion de la Picharlerie pourrait être le détonateur d'une mobilisation multiple et protéiforme (un voisin a d'ores et déjà fait circuler un texte de soutien à sa sauce ; d'autres voisins se réunissent demain pour en écrire un ; un livre d'or sur la Picharlerie circule à Sainte-Croix, etc.).

évacuation d'un squat (juill 07, Genève, Suisse)

Le plus vieux squat de Genève a été évacué par la police LE MONDE | 24.07.07 | 14h33 • Mis à jour le 24.07.07 | 14h33 GENÈVE CORRESPONDANCE

C'est un lieu emblématique de la culture alternative genevoise, presque une institution, qui vient de disparaître. Lundi 23 juillet, le squat Rhino (Retour des habitants dans les immeubles non occupés), le plus ancien de la ville, installé depuis dix-neuf ans dans trois immeubles d'un quartier chic de la ville et reconnaissable à la corne rouge qui ornait l'une de ses façades, a été évacué par la police après quelques violents affrontements en fin de soirée.

Quatre-vingts personnes, dont dix enfants, y vivaient. Les lieux abritaient aussi un bar et une petite salle de concerts, la Cave 12, réputée dans le monde entier pour sa programmation de musique improvisée. Le tout géré dans une parfaite quiétude et propreté helvétique. Au printemps 2001, les lieux avaient été visités par Bertrand Delanoë, le nouveau maire de Paris, venu s'informer sur la tolérance genevoise en matière de squat.

La “doctrine” de l'époque, partagée par les autorités politiques et judiciaires, voulait que les squats ne soient évacués que si les propriétaires des lieux étaient en mesure de proposer un projet de rénovation, si possible pour des logements à loyer modéré, et que la justice le confirme par jugement.

Cette époque est révolue. Daniel Zappelli, le procureur de Genève, a ordonné l'interpellation des occupants de Rhino - une vingtaine de personnes présentes sur les lieux - sans jugement d'évacuation, sur la base d'une plainte pour violation de domicile et d'un arrêté administratif ordonnant que des travaux soient effectués dans les bâtiments.

Depuis son élection en avril 2002, M. Zappelli se félicite d'avoir fait passer le nombre de squats de 122 à 27, alors que Genève souffre d'une grave pénurie de logements. Les milieux de l'immobilier et la droite applaudissent, eux, au retour “du respect de la protection de la propriété”. Une partie de la gauche socialiste, autrefois solidaire des squatteurs, s'est ralliée à ces arguments.

Voilà quinze jours que les habitants et sympathisants de Rhino craignaient une telle issue, après que le squat voisin de La Tour eut été vidé, le 10 juillet, de ses occupants. Leur avocat, Pierre Bayenet, dénonce une “opération scandaleuse et illégale”, menée alors que des procédures étaient pendantes. Les squatteurs s'étaient adressés au tribunal des baux et loyers afin de faire reconnaître l'existence d'un bail tacite après dix-neuf ans d'occupation. “Durant cette période nous avons investi 1,5 million d'euros dans des travaux d'entretien et rénovations”, explique Maurice Pier, porte-parole du collectif Rhino.

De son côté le propriétaire des lieux avait obtenu un permis de construire. A la place du squat, il est prévu qu'une vingtaine d'appartements privés voient le jour à l'automne 2008, loués durant cinq ans à des tarifs modérés. Le propriétaire en disposera ensuite à sa guise. “Il pourra les vendre à 900 000 euros pièce, réalisant une belle opération immobilière”, prédit Maurice Pier.

Agathe Duparc Article paru dans l'édition du 25.07.07