Alternatives34

Automne 2003 / Hiver 2004

Premières réunions au cours desquelles :

Chacun a pu dire ce qu'il recherchait en participant à une AMAP.

Ont été mis en avant le caractère bio des produits, l'envie d'échapper aux grandes surfaces et de permettre à un paysan de travailler dans des conditions différentes de celles imposées aujourd'hui par le capitalisme.

Nous avions, au départ, des habitudes de consommation et d'alimentation très différentes et les priorités n'étaient pas toujours les mêmes. Des personnes présentes aux toutes premières réunions n'ont pas continué car le système des paniers (par ex. « Le Pré de chez vous »), pour lesquels on ne s'engage pas au-delà d'un mois et où l'on peut choisir une partie des produits, leur a semblé préférable.

Nous avons discuté de la charte des AMAP et du rôle d'ALLIANCE.

Denise et Daniel Vuillon, qui sont à l'origine de la première AMAP française dans le Vaucluse, et Benoît Hertz, dont la ferme est située vers Arles mais qui livrait quelques paniers à Saint Jean de Védas, nous ont fait part de leur expérience.

Rencontre avec des paysans

Nous avons approfondi notre réflexion sur la charte quand nous avons rencontré nos premiers paysans.

Nous avons eu, entre nous et avec eux, des discussions sur les conditions indispensables dès la création de l'Amap et sur les souhaits de fonctionnement qui pouvaient attendre que le paysan soit en mesure d'y répondre.

Le premier, un agriculteur bio de Lansargues qui a participé à une de nos toutes premières réunions, nous a paru très éloigné des exigences d'une AMAP.

En février et en mars 2004, nous sommes allés voir M. à Gignac, Stéphane à la ferme du Lamalou ainsi qu'un 3eme agriculteur. A cette occasion, nous avons abordé des questions très concrètes comme les semences hybrides, les engrais bio mais industriels, la main d'œuvre précaire … C'était très intéressant de confronter nos “exigences” 1ères aux contraintes des uns et des autres.

C'est Stéphane qui a emporté l'adhésion de la majorité d'entre nous tandis que M. de Gignac s'est, peu de temps après, associé aux gens de Clermont l'Hérault pour créer l'Amap Cœur d'Hérault.

Mai 2004 : Lancement de l'Amap du Lamalou

Lancement avec 27 paniers

Nous avons fêté le lancement à la ferme du Lamalou avec une visite du jardin, un repas et une baignade dans Le Lamalou (pas forcément volontaire pour tous !)

À suivre…

Rédigé par Marianne

L'AMAP racontée par Stéphane & Silvia

texte issu d'une “PAROLE DE PAYSAN ET PAYSANNE” (déc 2012)

La ferme du Lamalou : Histoire

La ferme du Lamalou s’étende sur un terrain de 3 ha dans la plaine de Londres, au pied de la face nord du Pic St. Loup. Le sol, de type argilo-calcaire (pH très haut), est profond et tend à retenir l’eau (sol hydromorphe) pendant l’hiver, il est très sensible au tassement de la pluie (sol battant) et l’été devient extrêmement dur suite à la sécheresse.

Le microclimat local est continental, avec un grand décalage de température entre la nuit et le jour, l’été et l’hiver. Il peut y avoir de gelées précoces à partir du début octobre, des - 15 C° l’hiver et des gelés tardives jusqu’en mai.

Et pour finir le tableau, toute la zone est soumise aux « épisodes cévenols », des pluies très intenses qui engorgent vite les trois gours qui traversent le terrain en le faisant déborder de façon intempestive. Les inondations ravagent les cultures, emportent la terre fertile et envahissent les parcs des animaux qui se retrouvent à la nage pendant plusieurs heures.

La plaine de Londres est donc considérée une terre à céréales et vigne, plutôt déconseillé pour le maraîchage.

Pourquoi Stéphane s’est il installé ici ?

En 98 Stéphane s’engage comme agriculteur dans le CIEPAD, le projet de Pierre Rabi à Viols Le Fort (à cote de St. Martin de Londres, sur le Causse de Viols). Il produit des légumes pour le centre de formation du CIEPAD et développe un système de paniers livrés à domicile. En 2001 le CIEPAD, suite à des gros problèmes financiers, est dissout et Stéphane se retrouve sans terre du jour au lendemain. La seule chose qui lui reste est le réseau de clientèle. Sans argent de coté et avec trois enfants, il cherche un terrain plat, avec de l’eau, dans un lieu beau, sauvage et pas pollué, à une distance raisonnable de Bouzigues, ou habite la mère de ses deux premiers enfants, et à portée du réseau de clientèle existant, tous ça pour un tout petit prix et très rapidement. Les terrains maraîchers en bord d’Hérault étant rares et très chers, il ne doute pas un instant quand il trouve le terrain actuel, qu’il achète pour 10000 euros en s’endettent seulement vers parents et amis.

La rencontre avec des amapien-ne-s

L’aventure commence et en 2004 Stéphane rencontre un groupe d’avant-gardistes montpelliérains avec qui il fonde la première Amap de l’Hérault. Ce n’est pas facile, mais petit à petit tous le monde prend confiance et l’Amap grandis. L’achat de légumes externes à la ferme pendant les périodes néfastes s’impose pour satisfaire le besoin de variété et de quantité du panier. Stéphane ayant choisi une installation sans aides de l’état, chaque année il cherche d’investir dans du matériel pour améliorer ses condition de travail : les poulaillers, les serres, la pompe, le vieux tracteur d’occasion, les système d’arrosage, un nouveau vieux motoculteur… tout prend forme avec le temps.

Le développement de la ferme

En 2006 arrive Silvia, qui amène son enthousiasme et sa force de travail et enrichie la ferme de son énergie féminine. En 2007 l’année se termine avec le premier bilan positif depuis l’installation. Des stagiaires, des woofers et des amapiens viennent régulièrement à la ferme pour donner un coup de main, se distraire de leur vie citadine et échanger avec nous. La ferme devienne un lieu de rencontre et des spectacles sont organisés par un groupe d’amapiens.

Les difficultés du terrain rendent encore impossibles certains rêves, notamment la production fruitière qui se révèle bien plus difficile du prévu, le panier d’hiver qui nécessitera toujours un complément extérieur et la reproduction des volailles qui n’est absolument pas rentable.

Pendant sa grossesse, Silvia a développé un nouveau projet personnel pour mieux trouver sa place au sein de la ferme : la production de semences potagères d’anciennes variétés.

Cette activité permettra un petit revenu supplémentaire en restant complémentaire à la production des légumes (on peut vendre les courges sans graines ou récolter une fois avant de laisser monter à graine la plante). En septembre on est donc passé en bio, malgré les réticences anarchiques de Stéphane, pour permettre la vente de semences en bio.